Que
cachent les milliards de la relance ?
LE MONDE | 06.12.08 |
13h36 • Mis à jour le 06.12.08 | 13h36
Les chiffres donnent le
vertige. Cet été, il paraissait impossible de dénicher 1,3 milliard d'euros
pour financer le revenu de solidarité active (RSA) de Martin Hirsch.
Mi-octobre, Nicolas Sarkozy
concoctait un plan de sauvetage des banques mirobolant de 360 milliards
d'euros. Et jeudi 4 décembre, il annonce un plan de relance de 26 milliards
d'euros.
Il n'y a pas de doute sur le plan de relance : des espèces
sonnantes et trébuchantes vont être injectées sur deux ans dans l'économie. La
preuve, les déficits publics vont gonfler de 15,5 milliards d'euros en 2009 !
Ainsi, les 11,5 milliards d'euros de dettes fiscales que l'Etat
va rembourser aux entreprises seront versés dès le début 2009. Certes, il
s'agit d'un effet de trésorerie, d'un fusil à un coup, mais il réduira le
besoin de financement des entreprises. Un peu comme si les locataires étaient
remboursés de leur caution, qui est, en pratique, bloquée jusqu'à la fin du
bail. S'y ajoutent les 10,5 milliards d'euros d'investissements publics.
Le mérite de ces travaux, c'est qu'ils ne seront pas
"grands" et pourront être engagés immédiatement : la dépense sera en
partie budgétaire (6,5 milliards investis par l'Etat et les collectivités
locales) tandis que 4 milliards d'euros, investis par les entreprises publiques,
n'apparaîtront pas dans les déficits. S'y ajoutent 4 autres milliards consacrés
aux chômeurs, aux plus démunis, ainsi qu'à deux secteurs en crise : le BTP et
l'automobile.
Le plan présenté à Douai a une particularité : le gouvernement
espère ne pas avoir à dépenser après-demain ce qu'il va dépenser en 2009. C'est
certain pour les remboursements fiscaux aux entreprises ; c'est possible pour
les investissements publics, même s'il se trouvera toujours des ministères pour
présenter de nouveaux projets. Il n'y aura quasiment pas de droit acquis à la
dépense. C'est sage dans un pays vice-champion du monde des dépenses publiques
(53,5 % du produit intérieur brut), même si certains jugeaient plus pertinent
de soutenir la consommation des classes moyennes ou des plus pauvres.
Le soupçon d'inanité du plan vient de là, et se nourrit d'un
précédent : le sauvetage des banques. Pour frapper un grand coup, Paris avait
avancé le chiffre de 360 milliards d'euros.
Les pouvoirs publics ont tenté d'expliquer qu'il s'agissait
essentiellement de garanties (320 milliards d'euros), déboursées uniquement en
cas de faillite ; que les 40 milliards d'euros prévus pour renforcer les fonds
propres des banques ne le seraient pas à fonds perdu et que seuls 10,5
milliards d'euros ont, pour l'instant, été utilisés.
Rien n'y fait : accusé hier d'avoir donné des milliards aux
banques, Nicolas Sarkozy
est soupçonné aujourd'hui de proposer une relance fictive.
Sur ce point, la comparaison entre les 26 milliards annoncés à
Douai et le 1,3 milliard qui manquait à Martin Hirsch est édifiante. En trois mois, la crise a
fait passer le gouvernement d'une culture de rigueur à une culture de relance.
L'ennemi d'hier, c'était la dette et l'inflation. L'ennemi
d'aujourd'hui, c'est la dépression. L'impossible est devenu possible. Ou
presque. Car Nicolas Sarkozy,
qui dénonce la culture de l'assistanat, rechigne à faire grossir l'Etat-social.
L'ordre de grandeur des coups de pouce en faveur des plus
démunis n'a guère bougé. Jeudi, il a annoncé une prime de 200 euros pour les
3,8 millions de foyers éligibles au RSA, soit un coût de 760 millions d'euros.
Moitié moins que la rallonge obtenue cet été par le haut-commissaire aux
solidarités actives.
Arnaud Leparmentier